De nombreuses mères qui allaitent ressentent une fatigue accablante, une sensation d'épuisement constant. Cette situation est loin d'être isolée et représente une étape normale après la grossesse et l'accouchement. L'allaitement demande des ressources énergétiques considérables au corps, ce qui intensifie cette lassitude. Il est crucial de comprendre que cette fatigue n'est pas le signe d'un échec ou d'une faiblesse personnelle, mais une réaction physiologique à une période exigeante.
L'acte d'allaiter exige une quantité significative d'énergie. La production de lait maternel mobilise les réserves corporelles et augmente les besoins caloriques et hydriques de la mère. Cependant, l'allaitement n'est qu'un des nombreux facteurs contribuant à la fatigue ressentie en période post-partum. Une sage-femme hospitalière et secrétaire générale du Conseil national de l'Ordre des sages-femmes, Marianne Benoit Truong Canh, explique que la fatigue post-partum est souvent due à une combinaison de plusieurs éléments. Le manque de sommeil, causé par les réveils nocturnes fréquents pour nourrir le bébé, fragmente le repos et empêche une récupération complète. Le corps doit également se remettre des efforts physiques de l'accouchement, y compris les changements hormonaux importants et les éventuelles douleurs liées à la césarienne ou au périnée. Enfin, la charge mentale liée à la prise en charge constante d'un nouveau-né, qui inclut l'alimentation, la surveillance, la compréhension des pleurs et la gestion du quotidien, contribue aussi grandement à l'épuisement.
Il est intéressant de noter que la fatigue liée à l'allaitement n'est pas nécessairement plus importante que celle ressentie par les mères qui nourrissent au biberon. La perception de la fatigue varie d'une femme à l'autre et dépend de plusieurs facteurs, tels que le soutien familial, la fréquence des tétées, la santé générale de la mère et la possibilité de se reposer pendant la journée. L'ocytocine, une hormone libérée pendant l'allaitement, peut favoriser la relaxation et aider certaines mères à se rendormir plus facilement après une tétée. Produire du lait est une tâche continue qui nécessite environ 500 calories supplémentaires par jour. Cette dépense énergétique constante, jour et nuit, peut provoquer une soif intense, une faim fréquente, une fatigue rapide même après un repos adéquat, et un temps de récupération prolongé après un effort. La spécialiste souligne que cette fatigue n'est ni un manque de volonté ni une faiblesse, mais le reflet du travail intense que le corps fournit pour nourrir le nouveau-né.
Les premiers mois après la naissance d'un enfant sont particulièrement exigeants. Le manque de sommeil est une cause majeure de fatigue chez les jeunes parents, car les nuits complètes sont rares et le corps ne parvient pas à récupérer pleinement. Le sommeil est souvent interrompu, avec peu de phases réparatrices, entraînant une fatigue persistante. Bien que l'allaitement puisse potentiellement favoriser un sommeil plus profond, la quantité totale de sommeil reste souvent insuffisante. Les hormones prolactine et ocytocine, très actives pendant l'allaitement, peuvent aussi influencer la sensation de fatigue. La prolactine, en favorisant l'endormissement et le sommeil profond, peut également procurer une sensation de lourdeur ou de fatigue diffuse pendant la journée. L'ocytocine, bien qu'elle apporte un sentiment de bien-être, peut être suivie d'un coup de mou. Par ailleurs, la déshydratation est un risque sous-estimé, car l'allaitement augmente considérablement les besoins en eau, pouvant aller jusqu'à 3 litres par jour. Oublier de boire suffisamment peut entraîner maux de tête, grande fatigue et un mal-être général.
Il est parfois difficile de distinguer une fatigue normale d'une fatigue nécessitant une attention médicale, surtout pour les nouvelles mamans. Il est conseillé de consulter un professionnel de la santé si la fatigue est très intense et persiste pendant plusieurs semaines malgré le repos, si la mère se sent dépassée, triste ou anxieuse au point que les tâches quotidiennes deviennent ardues, ou si elle ressent un malaise inexpliqué. La fatigue peut être le symptôme d'un problème médical sous-jacent, comme une anémie (souvent due à une carence en fer) ou une dépression post-partum, des conditions qui peuvent être diagnostiquées et traitées efficacement. La sage-femme insiste sur l'importance de ne pas souffrir en silence et de chercher de l'aide, que la fatigue soit considérée comme « normale » ou non.
Pour retrouver de l'énergie, il est essentiel d'adopter une approche structurée qui va au-delà du simple fait de dormir un peu. L'organisation du repos, une alimentation adéquate et la réduction de la charge mentale sont primordiales. Il est recommandé de dormir dès que le bébé dort, même pendant la journée, car de courtes siestes régulières peuvent faire une grande différence. Il est également important d'accepter l'aide des proches et de mettre de côté les tâches non essentielles. Le repos n'est pas un luxe mais une nécessité. En ce qui concerne l'alimentation et l'hydratation, il est conseillé de manger à heures régulières pour éviter les baisses d'énergie, de boire de l'eau régulièrement (surtout pendant les tétées), et de privilégier des repas simples mais nutritifs. Pour alléger la charge mentale, il est important de parler de sa fatigue sans culpabilité, de partager les tâches avec le partenaire ou l'entourage, et de ne pas viser la perfection. La priorité d'une nouvelle maman devrait être son bébé, et non la logistique quotidienne. Enfin, si la fatigue est trop intense, il n'est pas toujours nécessaire d'arrêter complètement l'allaitement. Des solutions comme l'allaitement mixte, le tirage de lait pour que d'autres puissent donner le biberon, ou l'espacement des tétées peuvent être envisagées pour ménager la mère. Cette période est intense, mais elle est temporaire, et des professionnels sont là pour accompagner les mère